On lit quoi ?

Orphelins 88 de Sarah Cohen-Scali

octobre 16, 2018

Cela fait presque une semaine que j’essaie d’écrire ma chronique sur ce livre, en vain. Je n’arrive pas à lui rendre assez justice. Quand je pense à cette histoire, j’ai une sensation de nécessité. La nécessité de tout faire pour que vous ayez envie de la découvrir, pour que l’histoire de ces enfants ne soit plus un mystère. Sarah Cohen Scali ne nous livre pas un énième livre sur la Seconde Guerre Mondiale. Elle raconte l’après. Un après en ruines. L’insécurité, la faim, la peur  prédominent encore. Dans toute cette tragédie, les enfants sont orphelins, perdus ou amnésiques.Ils marchent pour trouver de la nourriture, un abri pour dormir etc. Certains arrivent à trouver la porte de centres prêts à les recueillir. 

Nous sommes pendant l’été 1945. Josh, garçon de moins de dix ans, est trouvé errant dans une ville. Alerté par les numéros tatoués sur son avant-bras, un soldat américain l’amène au centre international des enfants à Kloster Indersdorf.  Josh ne semble pas être un rescapé des camps mais une victime du programme Lebensborn. Il s’agit d’un programme ayant pour objectif de créer une race aryenne pure. Les enfants correspondant aux critères nazis étaient kidnappés tandis que d’autres étaient conçus de toutes pièces par des hommes et des femmes correspondant eux aussi aux caractéristiques précises. Ces enfants étaient ensuite éduqués dans des établissements spéciaux. Ils étaient soumis à un profond lavage de cerveau.

Victimes de ces méthodes, Josh ne possède aucun souvenir de son passé. Il ignore d’où vient son tatouage mais dans son sommeil, ce sont des mots polonais qu’il prononce. Pendant tout le roman, nous cherchons à découvrir son passé. Un objet, un nom, un instant, son histoire resurgit par brides sans crier gare. Dans le même temps, nous rencontrons d’autres orphelins, dont le récit nous frappe et nous bouleverse. En parallèle de ces témoignages, Sarah Cohen Scali dresse alors un portrait de cette sombre phase d’après guerre. Certes, le conflit est fini, mais les Juifs ne sont toujours pas les bienvenus, même chez eux. C’est désormais un combat de reconstruction que les personnages doivent mener.  Orphelins 88, c’est l’évocation d’un passé mais surtout d’un présent incertain et si révoltant. Ce présent est brutal et angoissant. L’auteur nous plonge dedans avec une plume absolument maîtrisée.

Sarah Cohen Scali avait déjà montré son talent pour décrire une période de la Deuxième Guerre Mondiale, dans Max. Ce roman où le narrateur est un bébé puis enfant nazi puisque crée par le programme Lebensborn. Ce récit est difficile parce que le personnage est un anti-héros complexe et angoissant tout en étant attachant. Dans Orphelins 88 l’auteure crée un personnage moins problématique mais avec une histoire toute aussi passionnante et bouleversante. Ce nouveau roman s’adresse à un public plus jeune que pour Max. C’est une bonne chose car cela permet à tous d’être au courant de cet après guerre ainsi que du terrible programme Lebensborn et prépare à la lecture de Max. (Max est un de mes plus beau coup de coeur livresque…) 

 

Merci à la Collection R pour cette excellente lecture !

 

 

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