On lit quoi ?

Le pensionnaire, Chantale Potvin

Un peu d’histoire

Quand le Colon a débarqué sur les terres canadiennes, des femmes, des hommes et des enfants vivaient déjà tranquillement en paix et en harmonie avec la Terre. Comme à son habitude, l’Homme blanc a décidé que les terres des premiers habitants devaient désormais lui appartenir (Un jour, on parlera peut-être de la faculté de l’homme blanc à se sentir supérieur). Mais l’homme blanc il est quand même gentil alors il a laissé quelques petits bouts de terres aux Autochtones, les « réserves ». Le colon, toujours dans son souci de bien faire, a voulu intégrer les Amérindiens à sa société, en mettant en place en 1876 la « loi des Indiens ». Evidemment, ces nouveaux « citoyens » avaient un statut plus proche d’une personne mineure que d’un adulte indépendant et respecté. Un des objectifs premiers de cette loi était d’assimiler le peuple amérindien à la culture de l’homme blanc, sauf que pour cela, les Indiens devaient dans la plupart des cas renier totalement leur origine. La Loi leur interdit par exemple de pratiquer certains de leurs cultes religieux comme la danse. Le gouvernement canadien décide aussi d’éduquer les enfants indiens. A partir de 1884, ils sont alors envoyés de force dans des pensionnats.

Le livre

Le pensionnaire de Chantale Potvin offre un bouleversant témoignage de la vie dans ces pensionnats. Si le personnage principal, un jeune amérindien, est fictif, l’autrice s’est servie de différents témoignages pour écrire son roman. Le protagoniste et ses deux sœurs jumelles sont arrachés de force à leur famille pour rejoindre un pensionnat. L’enfer commence. Les enfants sont séparés et n’ont le droit de rentrer chez eux que pendant l’été. Cependant, plus le temps passe, plus la communication avec leur famille est difficile. Les enfants n’ont pas le droit de parler dans leur langue maternelle, on leur rabâche à longueur de journées que leurs parents sont des moins que rien. A force, ils finissent par y croire et oublient leur vie d’avant. Leurs parents subissent eux-aussi cet internat forcé. Ils sombrent dans l’alcool, la dépression et ne sont finalement plus capables de s’occuper de leurs propres enfants.

Mais les maltraitances ne s’arrêtent pas là. Les enfants sont abusés sexuellement, tabassés, affamés. Au comble du comble, un des livres étudiés par le personnage principal, est le Journal d’Anne Frank. Il y a plusieurs scènes difficiles à lire dans cette histoire. La séparation de la fratrie est déchirante surtout celle des jumelles. La cruauté des religieux qui se goinfrent de gâteaux tandis que les enfants meurent de faim. La mise à mort d’une petite pensionnaire est atroce mais l’hypocrisie qui s’ensuit est encore pire. Les enfants sont aussi obligés de travailler dans des conditions exécrables.

Le personnage principal est conscient de tout ce qu’il subit. Il sait que ce n’est pas normal. Parfois, il arrive à se révolter. L’isolement est un doux paradis comparé au reste.  De nombreux pensionnats possèdent des cimetières improvisés. Les causes des décès ? Mauvais traitements et suicide.

Nous suivons avec colère et tristesse les années de vie de ce jeune amérindien. L’enfer du pensionnat ne se termine pas une fois les grilles franchies. L’ancien pensionnaire continue durant toute sa vie à souffrir et parvient à trouver un semblant de bonheur dans un lieu assez insolite. La fin du roman n’est pas joyeuse. Une telle fin aurait été mal placée. C’est un dénouement réaliste. On sort de cette histoire, désolé de la cruauté humaine. Je ne comprends pas comment on peut être aussi cruel. Ce genre de roman permet de ne pas oublier comment l’homme peut se comporter. C’est un roman qui ne s’oublie pas. Jamais. Parce que l’on ne peut pas oublier de telles horreurs.

Hier, aujourd’hui

Plus de 150 000 enfants ont été envoyés dans ces pensionnats.

Beaucoup d’amérindiens en subissent encore les conséquences. Après tant d’années de maltraitance, les anciens pensionnaires ont répercuté leur éducation mauvaise et dangereuse sur leur propre famille. Beaucoup ont sombré dans l’alcool et/ou dans la dépression.

Les pensionnats ont été un outil pour permettre au Colon d’assimiler le peuple amérindien au même titre que la privation de terres ou encore l’interdiction du culte. Le terme « Ethnocide » prend ici tout son sens. Ce passé joue un grand rôle dans le mal-être actuel des Amérindiens.

Les derniers pensionnats ont fermé vers la fin des années 1990. En 2008, les premières excuses nationales ont été faites par le gouvernement canadien au peuple amérindien (Commission de réconciliation et de vérité).

Le pensionnaire de Chantal Potvin est un récit historique nécessaire. Il est bref mais puissant et bouleversant. Son seul problème ? Il est quasiment introuvable aujourd’hui en France. Mais ! Je ne vais pas vous laisser partir sans rien !

Sur le même sujet, l’autrice Nathalie Bernard a écrit le roman Sauvage. Dans un autre roman Sept jours pour survivre, elle met également en scène une Amérindienne kidnappée, comme beaucoup d’autres Amérindiennes de nos jours… Une enquête nationale sur les femmes et filles amérindiennes disparues et assassinées a été réalisée au Canada.

Pour plus d’informations

Loi sur les indiens

Déclaration des Nations Unies sur le droit des peuples autochtones

Commission de réconciliation et de vérité

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